Remise en question des objectifs

objectif

Vous trouverez ci-dessous un extrait du livre "Reinventing Organizations" écrit par Frédéric Laloux (vous pouvez l'acheter ici). Frédéric Laloux décrit dans ce livre les nouveaux modèles d'entreprises, plus grossièrement ce qu'aujourd'hui on appelle entreprise "plate", "collaborative", "bienveillante" ou encore "libérée" ;  Frédéric Laloux, lui, parle d'entreprise Opale.

J'aime bien ce passage concernant la suppression des objectifs :

Pas d'objectif

 Les entreprises Opale n’imposent pas d’objectifs d’en haut. Vous vous souvenez peut-être que les commerciaux de FAVI n’ont pas d’objectifs de ventes. Du point de vue Évolutif, les objectifs sont problématiques pour trois raisons au minimum : ils reposent sur le postulat que nous pouvons prévoir l’avenir, ils pervertissent notre motivation en la faisant dépendre de l’extérieur et ils réduisent notre capacité à être sensible aux possibilités nouvelles qui se présentent. 
La vie est si complexe, les événements et le contexte changent si vite, que la définition d’objectifs est un jeu de devinettes : un an après qu’il a été fixé, un objectif est, dans la plupart des cas, devenu un chiffre arbitraire, dans certains cas, si facile à atteindre que c’en est absurde et, dans d’autres, si difficile qu’il est impossible de l’atteindre sans prendre des raccourcis qui seront dommageables pour l’entreprise sur le long terme.

Les  objectifs pervertissent également notre comportement. Dans maintes sociétés, c’est un secret de Polichinelle, les cadres font attention à avoir dépensé tout leur budget à la fin de l’année, quitte à faire parfois des dépenses sans intérêt, car ils ont peur qu’on leur réduise les sommes qui leur seront allouées l’année suivante s’ils n’ont pas tout utilisé. Les commerciaux qui font leur chiffre tôt dans l’année, en septembre par exemple, arrêtent de vendre jusqu’à janvier, car ils craignent que leur objectif soit relevé s’ils le dépassent. Quand on supprime les objectifs, ces petits jeux disparaissent. Chacun est libre de s’appuyer sur sa motivation intérieure pour travailler simplement du mieux qu’il ou elle peut. 
Dans les entreprises autogouvernées, chacun est libre de se fixer des objectifs si cela lui rend service, un peu comme un coureur amateur qui se stimule en se donnant des objectifs de performance plus élévés. Chez FAVI, les ouvriers se fixent des objectifs pour usiner leurs pièces et ils comparent leurs résultats à l’objectif. Les collègues de Morning Star se donnent des objectifs pour l’étape du processus dont ils sont responsables, comme aiguillon de l’amélioration continue. Ils mesurent des indicateurs, les comparent à leurs objectifs, analysent les causes d’écart et expérimentent des idées nouvelles. Le plus souvent, ce sont des objectifs fixés localement, pour une machine ou une étape du processus, dont les résultats peuvent être prévus avec un certain degré de certitude. 

 Mais même quand on se fixe ses propres objectifs, il faut faire attention à ne pas se focaliser dessus de façon trop étroite. Nous devons rester ouverts à l’inattendu, à la nouveauté, aux signaux qui annoncent qu’un autre avenir demande à se déployer et que nous n’avions pas imaginé au moment où nous nous donnions notre objectif. Bien compris, les objectifs sont comme des cartes qui nous guident vers un avenir possible. Ils commencent à poser problème si nous nous accrochons à la route sur laquelle nous nous étions engagés alors que le contexte a changé et qu’une nouvelle route semble plus prometteuse. Margaret J. Wheatley et Myron Kellner-Rogers expriment cela très bien :
"[Dans] un monde en émergence (…) nous ne pouvons plus nous placer au point d’arrivée d’une situation que nous visualiserions en détails et faire des plans rétroactifs à partir de cet avenir. Au lieu de quoi nous devons nous placer au début, avec une intention claire et la volonté d’être impliqués dans ce que nous découvrirons. Le monde nous demande de ne pas chercher à forcer les  choses à se conformer à nos plans mais d'entrer en relation les uns avec les autres, de nous lancer dans l'expérience et d'observer ce qui monte. Il nous demande de participer plus que de planifier."

Si vous êtes intéressé par les sujets en rapport avec l'entreprise libérée, n'hésitez pas à visiter et faire vivre ce forum que j'ai mis en place récemment : http://entreprise-bienveillante.fr/.

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